Ça faisait un moment que je vous devais ce débrief, et il a pris son temps ! Entre un été particulier, très chaud et pauvre en vagues, le Silk V2 d’AFS a quand même eu le temps de passer sous mes pieds en 750 et 950 à la fin du printemps et au début de l’été, avant de récupérer la 650 un peu plus tard pour compléter le tableau. Trois tailles différentes et beaucoup de choses à dire.
Tout le matériel AFS (boards, parawings, wingfoil) est disponible sur le site de la marque et chez les shops qui la distribuent.
Pour les habitués du blog, ce n’est un secret pour personne : je suis un aficionado d’AFS. J’ai beaucoup utilisé le Silk V1 et la gamme Enduro, même en dockstart et en parawing.
Le contexte : pourquoi une V2 ?
Après le Silk V1, AFS avait sorti la gamme Enduro, avec un aspect ratio de 11 pensé pour le glide et la parawing. Un super rendement, mais une maniabilité un peu plus sage. Le Silk V1, lui, avec son ratio de 8, offrait une maniabilité et un rail-to-rail excellent, mais pouvait rester un peu physique à pomper sur les petites tailles, notamment pour aller reconnecter les vagues sur des spots pas toujours généreux en énergie en surffoil
En parallèle, la pratique de la parawing / pocketwing explose et tout le monde a envie d’un foil capable de faire un peu de tout. Le Silk V2 s’inscrit clairement dans cette logique : on conserve l’ADN du V1 (maniabilité, carving), mais on vient chercher davantage de glide, sans sacrifier le rail-to-rail.
L’Enduro reste plus adapté à la parawing pure et au downwind longue distance voire dockstart en grande taille, mais le Silk V2 vient clairement lui grignoter du terrain. Laurent Borgna, le designer déjà à l’origine du V1 (et avant cela des Kujira chez Takuma), est toujours aux commandes en collaboration avec l’équipe AFS.
La gamme d’ailes : 6 tailles un aspect-ratio de 9
Grosse nouveauté : on passe de 3 tailles en V1 (650, 850 et 1050) à 6 tailles en V2 : 650, 750, 850, 950, 1050 et 1150. L’allongement (aspect ratio) passe lui aussi de 8 à 9 sur toute la gamme.
J’ai testé la 750, demandée dès le départ comme aile à tout faire, ainsi que la 950. Verdict rapide : si vous aviez une 850 en V1, l’équivalent en V2 serait plutôt la 750, qui offre un pumping beaucoup moins énergivore, aussi bien en wing qu’en surf foil pour aller reconnecter les vagues.
Mâts : le Skinny 80, « couteau Suisse » de la gamme
J’ai reçu les foils avec le mât Skinny 80, ainsi que les Skinny 75 et 85 en complément. Le 75 est très fin, très glissant, avec une maniabilité folle, mais un peu court dès que les vagues prennent de la taille. il souffre d’une certaine souplesse passé la une certaine taille d’aile.
Le 85 est top en wing et en parawing : il redonne de la marge pour carver. Mais c’est bien le 80 qui fait tout pour moi. Rigide, précis, il permet de pratiquer le dockstart, même avec l’Enduro 1300 (ca passe encore !), la parawing ou encore le wingfoil, sans être trop court. Un mât unique qui couvre quasiment toutes les pratiques.
Stabilisateurs : U-Carve et U-Surf, enfin une gamme complète
Deux familles de stabilisateurs : les U-Carve, aux profils plus classiques, pensés pour la vitesse et le carving en wing, et les U-Surf, avec leurs bumps caractéristiques, comme sur les Silk, pensés pour la maniabilité à basse vitesse et la tolérance en surf foil.
- En wing, carving et parawing : U-Carve, typiquement le 140, pour une bonne relance à basse vitesse sans être trop physique.
- En surf foil : U-Surf 135 ou 120, selon le gabarit et la taille de l’aile avant. Le 135 sur la 750 donne une tolérance à basse vitesse proche d’une 950 en V1, avec davantage de glisse et de maniabilité en prime.
Petite anecdote amusante du test : à réception du foil, j’ai essayé la 950 avec un U-Carve 130. Grosse déception sur la plage basse ! Retour vers Laurent Borgna, qui m’a dit d’attendre de retester avec les bons stabs en surffoil à savoir les U-Surf ».
Résultat : avec la 950 et le U-Surf 135, une tolérance à basse vitesse impressionnante. Morale : ne vous trompez pas de famille de stab selon votre pratique. La gamme est maintenant complète et il y en a pour tout le monde.
Fuselages : Standard, Advanced et Titane
La gamme reste compatible avec les fuselages carbone classiques, en version standard (longue) ou courte. Mais deux nouveautés font leur apparition :
- Le fuselage carbone UHM Advanced : utilisé pour toute la review. La position du stabilisateur est avancée (comme un quatrième insert sur un fuselage standard), la queue est affinée et renforcée en UHM pour réduire la traînée, et le stabilisateur est rehaussé afin de l’éloigner des perturbations générées par l’aile avant. Résultat : un effet de rebond au pumping et une sensation de glisse plus pure. Gros avantage pratique également : il redonne de la marge en butée de rails, ce qui est utile sur certaines planches où le fuselage court venait quasiment tomber à l’aplomb du bord de fuite de l’aile avant.
- Le fuselage Titane : budget élevé (environ 900 €), rigidité et précision d’emboîtement au top, entretien réduit et excellente résistance au vieillissement. Plutôt orienté downwind et parawing pour limiter au maximum la traînée, même si certains l’utilisent en surf foil. On ajoute environ 500 grammes sur la balance, mais côté finition, c’est de l’orfèvrerie.
Prix et poids
Les ailes avant seules sont proposées entre 799 et 929 € selon la taille. Un setup complet, tel que reçu pour le test (Silk 750, mât carbone UHM Skinny 80, fuselage Advanced, stab U-Carve 140), revient à 3 276 €, pour un poids total d’environ 3,2 kg.
On est clairement sur du haut de gamme, mais la facture peut être allégée en choisissant des mâts HR ou HM plus abordables.
Les points forts
Maniabilité et rail-to-rail
Le passage d’un rail à l’autre reste aussi fluide que sur le V1, voire meilleur sur la 750 par rapport à une 850 V1, avec en prime un point d’allongement supplémentaire.
Davantage de glide, sans sacrifier la maniabilité
C’est le véritable argument du V2 : on peut maintenant envisager sérieusement une pratique parawing avec ce foil, ce qui n’était pas franchement le cas avec le V1.
Avec un U-Glide 41 ou un U-Carve 140 sur la 950, le glide est largement suffisant pour ce type d’utilisation, même si l’Enduro reste plus adapté au downwind pur (tout en restant polyvalent, car il y a l’Ultra pour le 100% downwind)..
Focus sur la 650
Reçue après les deux autres tailles, la 650 vient clôturer le test. Elle reprend tout l’ADN de la gamme, mais dans une version plus énervée, plus électrique : elle tourne plus court, se montre moins physique et procure davantage de sensations sous les pieds, aussi bien pour un petit gabarit que pour un rider plus lourd qui veut surfer court et fort.
Utilisée en wing (downwind/freefly) et en surf foil, cette 650 m’a surpris par sa plage basse. En wing, dans des bumps mous, elle conserve suffisamment d’énergie pour carver dans tous les sens, avec un bon appui sous le pied avant.
En surf foil pur, avec un stabilisateur Mako Carve Pro S, les reconnexions sur les vagues passent étonnamment bien. Même si, pour un usage exclusivement surf foil sur des spots peu généreux en énergie, la 750 ou une taille supérieure reste plus pertinente.
Point de réglage important : par rapport à la 750, j’ai dû reculer le foil de 2 à 3 cm dans les rails de la planche afin de retrouver un équilibre satisfaisant sous les pieds. Sans cet ajustement, je me retrouvais avec trop de pression sur le pied avant.
En résumé, concernant le choix de taille : jusqu’à 75 kg, avec du vent soutenu (15 nœuds et plus), la 650 s’impose sans hésiter en wing. Même au-delà de 75 à 80 kg, elle reste tout à fait envisageable pour une pratique exclusivement wingfoil, selon le niveau et les conditions. Pour davantage de confort et d’accessibilité, la 750 reste le choix par défaut.
Réglages conseillés
- Stabilisateur en position avancée dans la majorité des cas (dockstart, wing, surf foil).
- Pas de cale de rake en wing et en parawing avec ce foil, contrairement au V1 où c’était quasiment systématique dans mes réglages.
- En surf foil, une légère cale de rake, avec moins d’un degré de correction selon la planche et les sensations recherchées.
- Le fuselage Advanced redonne de la marge en butée de rails par rapport à un fuselage court.
Les points faibles
- Housses et visserie : toujours des housses assez fines avec des clips, et un petit sachet avec élastique pour les vis. C’est un peu léger pour un foil à plus de 3 000 €.
- Finition : certaines ailes peuvent présenter de petites aspérités, nécessitant un léger ponçage de finition (grain 600 puis 1000) pour retrouver un toucher parfaitement lisse. Cela ne remet pas nécessairement en cause les performances, mais sur un produit de cette gamme de prix, on pourrait attendre davantage de régularité d’une aile à l’autre.
- Raccord platine/mât : une démarcation visible au niveau du composite de jonction, sans impact constaté sur les performances, mais qui peut titiller l’œil des maniaques de la finition.
- Vitesse pure : ce n’est pas une aile ultra-rapide par rapport à certaines concurrentes. Un comparatif avec une Armstrong MA 690, de ratio 8, a montré cette dernière plus rapide dans les conditions du test. Le Silk V2 privilégie la tolérance à basse vitesse plutôt que la vitesse de pointe. Un choix assumé, qui ne correspondra pas forcément aux attentes de tout le monde, mais adapté aux spots a énergie faible et pour reconnecter facilement.
En résumé
Le Silk V2 réussit son pari : conserver l’ADN maniabilité/rail-to-rail qui a fait le succès du V1, tout en gagnant suffisamment de glide pour envisager sérieusement la parawing, sans pour autant remplacer l’Enduro sur du downwind longue distance. On a pas rogné sur la maniabilité VS le V1 car on peut sous-dimensionner d’une taille a présent. La 750 a remplacé totalement ma 850 V1 par exemple.
La gamme de stabilisateurs U-Carve/U-Surf est enfin complète et cohérente, les fuselages Advanced et Titane apportent de vraies nuances de glisse, et la nouvelle 650 vient combler le manque d’une aile vraiment électrique pour les petits gabarits ou les conditions plus musclées.
Restent quelques détails de finition et de housses à peaufiner pour être totalement à la hauteur du positionnement tarifaire.
Une review dédiée à la Chipri Legacy , la planche utilisée tout au long de ce test (et la Single F), arrivera prochainement sur le blog.



